Table ronde sur la mesure d’impact – Je fais Mtl au RDV Accélérer Montréal | Faire Montréal
12 Dec
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Table ronde sur la mesure d’impact – Je fais Mtl au RDV Accélérer Montréal

Le Service de développement économique de la Ville de Montréal avait convié le tout Montréal inc. à se rassembler au Palais des Congrès pour assister, le 24 octobre dernier, au RDV Accélérer Montréal.

C’est dans ce cadre que Je fais Mtl a tenu kiosque toute la journée, afin notamment de présenter le mouvement aux futurs leaders intéressés à générer eux aussi un impact positif sur la ville et ses citoyens, de même qu’à les accompagner dans la conception de leur projet.

Et d’impact, il en a justement été question lors d’une table-ronde organisée le matin même. Une trentaine de personnes se sont ainsi rassemblées sur le thème des mesures d’impact dans la ville, à la croisée du social et de l’économique. Une occasion d’entendre les experts et praticiens Jean-Marie Chapeau (du Projet Impact Collectif de Centraide), Johanne Turbide (du Pôle IDEOS de HEC Montréal) et Christian Bélair (Président de Credo, qui coordonne le projet Villes d’impact).

Villes d’impact et Project Impact collectif : deux initiatives de terrain pour appuyer les acteurs du changement social

Villes d'impact vise à documenter les éléments-clés qui permettent de maximiser l’impact individuel et collectif des acteurs de changement social à l’échelle d’une ville. Montréal est le premier terrain d’expérience de cette étude soutenue par la Ville de Montréal, la Maison de l’innovation sociale et la Fondation Mirella et Lino Saputo, et à laquelle collabore également des chercheurs de l’ESG-UQÀM.

S’appuyant sur des études de cas menées sur le terrain ainsi que sur une revue de la littérature consacrée, Villes d’impact cherche à analyser les leviers utilisés par les acteurs de changements pour obtenir et surtout maximiser leur impact. À terme, a expliqué Christian Bélair, les objectifs poursuivis sont de partager des bonnes pratiques au sein de la communauté montréalaise, mais aussi d’aider les décideurs, dans l’attribution des demandes de subvention, à évaluer les projets susceptibles de générer un impact social.

Rendu possible grâce à la collaboration de grandes fondations qui s’engagent auprès de Centraide du Grand Montréal à investir 23 millions sur cinq ans dans 17 quartiers de l'île de Montréal, le Projet impact collectif (PIC) vise lui aussi à accélérer le changement. Il s’attaque plus particulièrement à la réduction de la pauvreté et vise à accroître la mobilisation en vue d’obtenir des résultats mesurables et marquants.

Le PIC s’intéresse ainsi à deux grandes zones de mesure : l'impact du partenariat philanthropique et les résultats obtenus par les communautés, qui reçoivent un soutien en renforcement de leurs capacités d'évaluation grâce au travail de l’équipe de Dynamo, experte en mobilisation des collectivités.

Le Projet Impact Collectif s'attache à mesurer le cheminement des communautés dans l’atteinte de leurs objectifs, d’évaluer l’efficacité du partenariat philanthropique ainsi que les changements systémiques permettant de lever les obstacles à l'action des communautés.

Concevoir les mesures d’impact, une étape préalable !

De son côté, Johanne Turbide constate que Montréal, confrontée à des enjeux comme l’intégration des nouveaux arrivants, la rétention des étudiants ou la lutte contre la pauvreté, est un terrain fertile pour étudier la mesure d’impact social. La mesure d’impact peut permettre selon elle aux bailleurs de fonds d’évaluer l’impact attendu des initiatives qu’ils subventionnent afin d’opérer les bons arbitrages en termes d’investissements. Elle relève toutefois une incohérence dans ce mécanisme : la mesure d’impact nécessite, pour l’organisme, de mobiliser des ressources dédiées (expertise, temps, argent), ce qui a des répercussions sur son fonctionnement, tandis que les montants qu’on lui accorde sont rarement révisés en conséquence.

Lorsqu’il est difficile de réunir suffisamment de données, la méthode de l’étude de cas, comme celle privilégiée pour Villes d’impact, mais également par le TIESS (Territoires innovants en économie sociale et solidaire), véritable mine d’information pour la transformation des collectivités, est une bonne façon de débuter.

Johanne Turbide fait en effet observer que trop souvent, la mesure est repoussée en fin de parcours, alors que la conception des indicateurs devrait intervenir en amont. Le projet Ma MobiClibnique, modèle alternatif et innovant de soins pédiatriques sans rendez-vous dans les quartiers plus défavorisés de Montréal (et qui fait d’ailleurs partie des nouveaux projets Je fais Mtl retenus à l’issue de l’appel à projets de l’automne), en est justement un heureux contre-exemple selon elle.

Elle conclut en indiquant que c’est finalement moins la mesure d’impact en tant que telle qui importe, que la manière de la concevoir, et la transformation de l’organisation pour y parvenir : est-ce seulement le nombre d’enfants auscultés par la MobiClinique qui compte, ou bien le rayonnement de cette initiative qui rassemble différents acteurs œuvrant dans la petite enfance afin de générer un impact transversal ? Cette approche, axée sur le processus plutôt que sur le résultat, commence d’ailleurs également à susciter l’intérêt du milieu privé.

Une discussion riche entre acteurs montréalais!

Réunis en trois sous-groupes, les participants à cette table-ronde ont ensuite échangé autour de la mesure d’impact. Parmi les propos ayant retenu leur attention, l’adoption d’une posture prospective et surtout l’intégration du citoyen dans le processus de définition de la mesure d’impact ont été l’occasion d’échanges pertinents.

Les participants approuvent la nécessité de spécifier en amont le choix des indicateurs, en fonction de l’impact que l’on souhaite avoir. Pour eux également, le processus est tout aussi important que le résultat et l’objectif doit être perçu comme ce que l’on cherche à maximiser, et non à atteindre.

La définition de l’impact passe ainsi par un processus d’abduction : on visualise l’objectif puis on se demande comment y parvenir. Pour mieux définir son impact, il peut être intéressant de se demander ce qui inversement se passerait si son organisation n’existait plus. Par exemple, offrir des petits déjeuners à l’école ne se limite pas à nourrir les enfants, mais vise également à améliorer leurs résultats et, en bout de ligne, à encourager la persévérance scolaire.

Parce que le citoyen est souvent le premier concerné par l’action des organisations, sa parole dans la définition de l’impact est de plus en plus primordiale pour bonifier l’action. Briser les silos entre organisations anciennes et nouvelles, grandes et petites, articuler la vision des experts et les besoins des communautés nécessite tout d’abord de s’entendre sur des définitions et un cadre commun et ce dès la conception de l’action.

Mais le travail de cocréation n’est pas tout ; encore faut-il maintenir l’engagement et l’intérêt de tous, ce que le sentiment d’appartenance des communautés permet de développer. Effectuer un retour régulier auprès de la population, afin de se questionner sur les actions entreprises et réviser celles à accomplir, est de nature à soutenir l’impact sur le long terme.

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